Hier c’était la folie, des plafs de dingue, un joli vol en passant sur Belledonne en suivants les « grands » du club, tempête de ciel bleu… On est vraiment fin mars ? On peut le voir sur le déco sud, ça rigole, ça parle du vol de la veille « t’as vu les mecs qui sont passés en face avec les skis ?? », mais en même temps on boit un coup, on met des biscuits dans la sellette, on sort la doudoune : c’est le printemps.

On est arrivé plus tôt aujourd’hui, mais les premiers guns sont déjà bien perché. Les autres du club sont en train de monter en voiture, mais je n’ai pas encore réussi à apprendre à attendre plus de 20 minutes sur un déco, et c’est trop fumant pour que Ju reste au sol, on se met en l’air.

Le sud nous ralentit jusqu’au Saint Eynard, mais ça monte des Spirus. C’est bon, dans ma tête je me vois déjà au Granier, du coup je me précipite un peu et me retrouve plombé sous la dent. Ça va remonter, ça va remonter… Et non ! Retour à la case départ à Saint Hilaire. Allez on se motive, je retrouve les autres à Château Nardent, 2000 de plaf, cette fois-ci c’est parti sur les crêtes !

Julien est déjà au Granier : « schcrrrrichhhh plaf 2600 schrrrrr saint ge-schrrrrrr, enrou-schrrr pas ça monte t-schhhh seul sur la schcccccrête». Ok ça sent bon le gros vol, la BGD d’Alexis sur mes talons, Nico juste devant avec sa formule 1, le sud dans le dos, « youhouuuuu » je savoure la vue et commence à réfléchir à la suite du vol. S’il y a du sud, autant aller au nord !

Bout de la crête, 2500 mètres, les copains passent sur Belledonne. Une aile part juste devant moi, 10km/h de vent dans le dos. Banzaï, j’ai trop rêvé des Bauges pour ne pas saisir l’occasion, je mets une croix sur le retour à Lumbin par les airs : « l’aile pour JB, 2500 je pars sur la savoyarde, m’attendez pas pour la bière ».

L'arrivée sur les Bauges

À partir de là c’est l’inconnu, je vise juste à gauche de la savoyarde, mais à la moitié de la transition je vois un nuage de voiles 2km plus à l’ouest. Trop tard pour changer d’avis, au moins elles sont perchées, c’est bon signe. La forêt raccroche, ça monte bien, yes je vais voir les Bauges d’en haut !

L’entrée dans le massif à l’air évidente, je vois 5 ailes remonter sur la prochaine crête boisée, ça devrait passer ! Dix minutes plus tard je regarde plus les vaches potentielles sous mes pieds que les ailes perchées 1000m au-dessus. Après quelques huit tendus au-dessus de la forêt sans vraiment monter, je boucle un virage « bipbipbipbip », let’s goooo !

La suite se passe mieux, des guns me dépassent régulièrement, pour me montrer les thermiques et les transitions, je reste bien haut. Un de mes rêves se dessine de plus en plus concrètement : poser au lac d’Annecy.

Au dernier point dur je vois des ailes bien plus hautes derrière moi, avec un cheminement qui a l’air plus logique. Mais la fatigue se fait sentir, je fuis vers l’avant. 1800 mètres, 1700, 1600… Attend tu vas pas te vacher à 5km du lac maintenant, allez on se sort les doigts, demi-tour ! Pas mal d’ailes en basse couche, dur de repartir, mais cette fois ça y est : un beau plaf, je vise la crête indiquée par les ailes, entre temps toutes parties.

Tout seul, la plume dans le caillou, il est 17h. Ça ne monte plus vraiment mais ça porte. Au bout l’attéro de Doussart me tend les bras, quelques wings plus tard je pose en douceur. 5h de vol, je réalise que je suis rincé.

L'arrivée sur le lac d'Annecy

Un sourire accroché sur la tronche, le retour à Grenoble ne m’inquiète pas : les journées comme ça, tout se passe bien de toute façon.

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