Après une fin de journée arrosée à l'Attero, une motivation se monte pour aller voler au Col Vert. Remi et Antoine ont un gros projet de tour du Trièves. Nico III dors chez moi et Jess, la dernière étant sur-motivée pour découvrir les crêtes du Vercors, nous nous joignons à la troupe, suivi par Lionel. Pas de plan particulier donc hormis une petite promenade le long de la crête, c'est l'occasion de découvrir un nouveau décollage rando.

La rando est déjà décrite par Rémi dans son article je ne vais pas m'étendre dessus, mais c'est joli !

Le décollage a l'air joli aussi ! De loin. De près il y a des grandes herbes sèches toutes nulles qui se prennent dans toutes les suspentes. C'est un peu la guerre pour étaler la voile. Rémi et Antoine ouvrent la voie. Jess se prépare à partir, mais c'est sans compter sur une une herbe, que dis-je une branche, que dis-je un tronc qui lui retient un stab et ni une ni deux la voile à peine gonflée fait demie tour pour se planter face planète.

Je me détache pour l'aider à ré-étaler. Elle finit par y aller, suivi de Nico III, Quentin et Florian (je sais plus dans quel ordre). Ils ne traînent pas devant le déco et déguerpissent vite de notre champ de vision. Reste plus que Lionel et moi. Une petite bouffe se présente, un face voile pour checker que tout va bien, c'est correct, un peu mou, je presse le pas à reculons, manque de confiance, la voile retombe dans un truc mi buisson mi arbre mi fils de p*te. 15 minutes de sueur plus tard j'ai réussi à démêler le merd*er (ma main a effleuré plus d'une fois le couteau de secours dans la sellette... Heureusement que la patience légendaire de Lionel irradiait le déco, sinon je serais peut être redescendu à pieds avec un puzzle BGD pour occuper le reste de ma saison). Pendant ce temps là la radio crache pas mal de bruit, avec parfois des mots clefs genre :

« Plouf, absence thermique, nul, abandon. »

Ça motive c'est cool.

Mais je retente, j'emmène la moitié de la pelouse avec moi, et on est parti !!!

Rien en sortie de déco, je passe le petit bout de caillou qui nous cache l'attero, et là, vision d'horreur. Les mots entendus à la radio se traduisent en images. Jess en finale, deux voiles oranges qui radassent au dessus des arbres, et une Maestro verte plus loin dans le fond d'une vallée. La loose. Ma mission sera de travailler le mental dans du petit pour optimiser un peu le plouf. Premier reflex, on cherche les feuilles qui bougent, agitées par les thermiques qui remontent les pentes. Forêt de conifères. Ok, plan B.

On cherche des oiseaux, martinets, buses, vautours, condors des Andes, tout ceux pour qui les thermiques sont signes de survie. Yes !! Une buse salvatrice !!! Je la quitte pas du regard, elle va bien trouver quelque chose. Pas de bol, j'ai du tomber sur une buse en pleine crise d'ado, la seule buse qui fait du speedfly, elle descend toute la pente, ailes aux 2/3 repliées. Eh ben va falloir y aller au talent...

Il y a des petites bullasses dégueulasses, c'est parfait pour se passer les nerfs. Un par un tout les copains posent. Toujours pas de Lionel en l'air. Je continue ma quête d'une bulle qui arrivera à percer la couche d'inversion. Puis au bout d'une heure de combat acharné, ça y est, un thermique suffisamment large pour boucler un virage dedans, puis deux, puis ça enroule, puis ça monte, je vois le sommet du rempart ! Je vois Lionel, il a réussi à décoller et a décidé de partir au Nord plutôt. C'est couillu, au dessus de Saint-Paul-de-Varces...

Ça y est, Corrençon se dévoile enfin, puis tout le plateau du Vercors. C'est beau !

« Alexis pour l'Aile. Ça y est, j'ai gagné, je peux redescendre ! »

« Bah non gros malin, tu t'es suffisamment battu, profite !» me rétorque Jess.

Ah oui, c'est pas faux... C'est que je m'étais pas vraiment fait à l'idée que j'allais vraiment voler en fait. J'ai pas d'eau, et je me connais, ça fait déjà une heure que je vole ça veut dire que dans 26 minutes j'aurais envie de faire pipi. Mais bon, c'est un problème pour le Alexis de dans 26 minutes. Alors je chemine sur les crêtes. C'est la première fois que je vole de ce coté du Vercors. C'est effectivement très différent de ma Chartreuse habituelle. Ça ressemble plus à des thermiques puis transitions que le vol dauphin du Saint Eynard. C'est pas désagréable !

26 minutes plus tard... RAS, je continue mon vol.

Je garde toujours un œil sur Lionel qui est toujours coincé dans son trou, mais il se maintient... Par contre pas de réponse en radio, c'est étrange.

2400 au Moucherotte, Remi a dit 2100 ça mord la ZIT, 2300 ça passe.

Ça monte, j'assure le plaf. 2850, allez go je me lance !

Je vise le Néron pour faire ma laisse de chien comme on m'a dit ! Ça fait drôle de survoler Grenoble comme ça... Et là, bonne nouvelle : toujours pas envie de faire pipi !

Mauvaise nouvelle : je pourrai pas faire pipi sur Grenoble... Tant pis une prochaine fois.

Je raccroche au dessus du Rachais, rien, point bas sous le Saint Eynard à 800m, ouille... Je regarde les vaches... Mais là mon indicateur favori est en ébullition, des feuilles qui remuent partout ! C'est tonique, faut s'accrocher à ses commandes mais ça reprend !

« Alexis tu en es où ? On a pas de nouvelles de Lionel ni radio ni téléphone »

« Je suis au St Eyn ! » (en essayant de pas me prendre la voile sur le coin de la face) »

« Tu es à Fontaine ? »

« Négatif, Saint Eynard »

« Ah, Sassenage, on est en route »

« NON, SAINT EYNARD. JE VISE LUMBIN. SAINT EYNARD LUMBIN »

« JE RÉPÈTE, SAINT EYNARD, JE VISE LUMBIN »

« Oui ça va, on a compris. »

« -_-' , sinon non pas de nouvelles de Lionel. Il se battait encore il  y a une heure »

Une fois à la crête ça chemine tranquillement, pas (ou plus ?) de problème d'inversion ici on dirait...

Chemin classique, je vise Chateau Nardent (je préfère ça au Manival, je sais pas pourquoi). Je refais mon plein, et là, une Maestro rouge termine sa transi sur Chateau Nardent. Impossible de voir le visage.

Arf, vu comme ça capte, je peux pas me permettre de leur dire que je crois que y a Lionel mais je suis pas sur vu comment c'est peu probable qu'il m'ait rattrapé aussi vite en étant aussi loin et bas la dernière fois que je l'ai vu...

Allez, j'abandonne mon gaz, 360 dans la dégueulante.

« LIONEL ??!! »

« Oui, ici Lionel. »

« Tout le monde te cherche !! Alexis pour l'Aile, c'est bon j'ai retrouvé Lionel »

Apparemment problème de radio... En tout cas, c'est vraiment une fusée cette Maestro...

Allez, j'enroule avec mon copain, direction la Dent.

Encore un extrados de Maestro. C'est pas le premier de la journée...

« Rien ne sert de courir... » J'ai l'impression de dire ça à chaque fois que je vole avec une Maestro, alors que je lui met 300m dans le thermique. Évidemment ma fierté est de courte durée quand je vois qu'il est à l'Aulp du Seuil quand je quitte mon plaf à la Dent pour repartir encore une fois sur les crêtes.

Arrivée à mon tour à l'Aulp du Seuil, transition sur le St Genis, histoire de faire un troisième massif dans la journée, une première pour moi ! Toujours pas envie de faire pipi... Une première aussi.

Parti à 2800 je tombe directement dans le thermique, j'enroule un peu et je pars sur le Crêt du Poulet. Je sens que je commence à fatiguer. Je chemine gentiment sur Chamrousse, Taillefer, je récupère Rémi qui galère au passage, je le pose au Gua, et...

Hop, un petit thermique me ramène à la réalité. Je suis pas bien haut au dessus de la Crête du Crêt... Quand j'atteins Pipay, je me laisse tranquillement glisser vers le champ au dessus de la maison. Je m'attendais à ce que la brise soit un peu forte. J'ai abandonné un éventuel projet de rentrer un peu plus dans Belledonne pour garder du jus pour affronter l'attero. Effectivement ça souffle pas mal, mais rien de très méchant.

Je prends la voile sur l'épaule, fait les 100 derniers mètres à pieds et pose tout pèle-mêle dans le jardin, vite, la nature a repris ses droits. Lionel a posé à sa voiture et nous rejoint à la maison pour une petite bière, histoire de fêter notre premier 3-massifs à tous les deux.

La trace : https://ayvri.com/scene/z85qx1pnk4/ckdocj1k700013b69f2p29zuo