En ce magnifique WE de Pâques (surtout le samedi), les prévisions semblaient favorables à un petit cross au départ de Saint Hilaire. Et elles le furent mais cette météo allait nous réserver des surprises...

Les plafs s'annonçaient corrects pour ce samedi de Pâques, de quoi nous motiver à voler et à crosser. Et pour faire encore mieux, certains d'entre nous (deux en fait, moi et JB) avons décidé de commencer la journée par un Pal de Fer. Ça fera le sport de la journée. Rendez-vous donc à 10h au funiculaire pour arriver à 11h15 en haut.

Dès notre arrivée, les autres volants se dirigeaient déjà vers la porte d'entrée des cross, à savoir Château Nardent. Ça semblait le faire très tôt. Juste le temps de sécher et de manger un morceau que nous nous préparions JB et moi. Les autres allaient arriver plus tard.

« On fait quoi aujourd'hui » me demanda JB.

« Je sais pas trop. On va faire les opportunistes et voir comment c'est en l'air » lui répondit-je.

Et nous voilà parti. Pas de grosses difficultés jusqu'au Saint Eynard mais par contre certains thermiques sont outrageusement forts. Entre les +5m/s et les -4m/s, l'aile est mise à mal et se ferme de temps en temps (faudra tenir l'aile la prochaine fois Rémi !). En tout cas, ils sont forts mais ils nous font bien monter. Pas de grosses difficultés à monter sur le Bec Charvet. Bof, 1900m, ça doit le faire pour transiter sur la Dent de Crolles, non ? En plus, on s’embête les uns les autres à chercher à monter plus. C'est parti donc.

Un gun me précède pour aller sur la Dent, il ne perd pas d'altitude. C'est parfait je vais pouvoir viser le pilier, ça sera toujours ça de gagné pour rejoindre la crête plus vite. Et soudain, je vois mon fusible devant descendre puis butter contre une force invisible. On aurait vraiment dit qu'il rebondissait contre un mur d'air ! Je me prépare, je prends effectivement le -4m/s également et je buttes à mon tour sur le mur d'air. Impressionnant ! Il me faut de la vitesse pour passer. Un petit coup d'accélérateur et le tour est joué ! Mais enfin, c'était quoi ce truc ?

Une fois passé ce petit contretemps, ça monte quasiment partout sous la Dent. Rien besoin d'enroulé, on rejoint les crêtes sans problèmes (même si certains boulets de canon partent du sol et font une misère à l'aile et à son pilote). L'avancée sur les crêtes se poursuit jusqu'à quasiment le Granier. Mais bizarrement j'avance en crabe sur la crête. L'Est est plus fort qu'annoncé on dirait.

Au loin, une voile orange enroule un thermique. Oh tiens, re-salut JB. Je le dépasse allégrement pour continuer sur la crête. Pas la peine de faire du gain ici, de toute façon, on le perdra de nouveau avant d'arriver au bout du cheminement.

« Bon on fait quoi maintenant Rémi ? », me demande-t-il à la radio.

« Ça a pas l'air fou les altitudes »

« Quoi, tu te fous de moi. Je suis à 2800m »

Effectivement, il était bien perché mais comme il était tout petit dans le ciel, je n'avais pas fait attention.

« Ah ! Effectivement ! Bon, on tente les Bauges ? »

« Banco ! »

J'essaye de m'avancer au possible vers le Granier mais je m'arrêtes un peu avant pour faire du gain. Oula, il monte sec celui là. 2200m. 2500m. 2800m. 3000m ! 3100m !! C'est la première fois que je passe les 3000m en Chartreuse, ça se fête. Avec toute ce gain, les Bauges ont l'air plus facile à atteindre. On va donc tenter la transition vers les Bauges. Et puis, avec ce gain, ça devrait passer sans soucis même si on est pas exactement au dessus du Granier !

Direction le signe égal se trouvant sur Chignin (deux lignes de foret horizontale plus verdoyantes que les autres qui marquent l'entrée d'un nouveau territoire pour les parapentistes). La transition est longue... super longue (plus de 20 minutes). Mais elle est aussi étrange. Je me prends des petites dégueulantes à -4m/s en vallée puis des petits gains de temps en temps.

En arrivant en face, ce qui m'interpelle le plus, c'est que j'ai perdu 2000m d'altitude. Je suis parti de 3100m et me voilà maintenant à 1100m. D'accord, je ne suis pas parti du Granier mais quand même... Et puis, on constatera sur la trace que je n'ai pas fait un direct, l'Est rentrant, cela m'a poussé un peu vers Chambery (je ne l'ai vu quà tête reposée, ma trace sur l'écran).

Bref, pas de temps à perdre à réfléchir à ça. Il faut maintenant se refaire pour monter sur la butte sinon, c'est vachage assuré. Je trouve un thermique plutôt sympathique qui m'amène à 2100m. JB misère à finir la transition. Il a dû refaire du gain en Chartreuse et sur le péage pour arriver radada en bas de la falaise (pas cool).

J'entame alors la première transition dans les Bauges. Direction la Pointe de la Galoppaz. Mais je n'avance plus du tout ! Je vois le compteur de vitesse diminuer petit à petit. Je tente de reprendre la vitesse en accélérant. Nom d'un chien, je suis à 2000m, cela ne peut pas être le venturi qui se trouve dessous !

Ah tiens, maintenant, je suis à 1500m, 1400m. Là, je suis dans le venturi. Ça pue vraiment... Je n'aurai pas le loisir de monter sur ce premier sommet des Bauges... Tristesse... Il va falloir vacher... dans les Bauges. Que du bonheur à imaginer mon périple pour rentrer.

Je trouve donc un champ (il y en a partout), proche d'une route et loin d'une ligne électrique (il y en a un peu moins partout) et si possible le plus proche du retour sur la vallée. Celui là fera l'affaire. Je fais une belle PTI perturbée par quelques thermiques qui me déportent sans le vouloir. Finalement, je finis sur la route à quelques mètres d'une ligne électrique avec ma voile qui part un peu sur la droite. Pas joli joli mais je suis entier et sur mes pieds.

Deuxième étape, affaler l'aile dans ce venturi et sur cette route le plus rapidement possible. Je suis dans un tournant, et si une voiture ou une moto se pointe, ça va mal finir. Je misère un peu mais, j'y parviens malgré tout. Plus qu'à trouver un coin un peu au calme pour plier l'aile.

A la radio, j'indique à JB que je me suis vaché. Lui qui venait de sortir au dessus de la crête se pose des questions. Après réflexion, il va essayer de rentrer. Mais il vachera finalement au Col du Granier une heure plus tard en voulant profiter des faces Ouest de Chartreuse qui ne donnent rien et surtout qui sont sous le vent de l'Est. Damien qui n'avait pas fait la transition se trouvait également au même endroit et vachera dans la Chartreuse aussi.

L'aile pliée, il faut maintenant rentrer. Ca tombe bien, j'ai le matériel de randonnée sur moi avec les bâtons. Le stop ne fonctionne pas trop là bas... Mais après avoir marché quelques kilomètres sur la route, une voiture s’arrête enfin.

« Alors, on a vaché ? » m'interpelle-t-il en rigolant.

Ah, heu, bonjour également. C'était un moniteur de parapente sur Aix qui habitait dans le coin. Sympa de tomber sur des collègues parapentistes, au moins ils s'arrêtent eux. Le second stop est une fête ambulante, une camionnette s'arrête sur le bas côté, la musique à fond : un enterrement de vie de garçon.

« Vas-y monte ! » me disent-il en me tendant une outre d'alcool (ils venaient de faire un canyon et repartaient faire la fête pour la soirée).

Les stops ne furent pas très long mais bien utiles malgré tout. Il me faudra tout de même deux petites heures pour rejoindre Myans en marchant. Heureusement que les copains sont sympas et que Ju est venu faire la voiture balai pour chercher ceux qui se sont vachés (à savoir moi et Damien vu que JB a eu plus de chance sur ses stops).

« Dis moi Ju, tu crois que ça passe en marche et vol ce cross ? »

« En vache et vol, tu veux dire ? »